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Misanthrope versus thérapeute

En résumé : Après 27 ans de pratique, l’auteur confesse un conflit intérieur grandissant : comment rester thérapeute quand on devient misanthrope ? Cet article explore cette tension entre l’amour des gens et l’écoeurement face à leurs souffrances répétées, et comment il apprend à cohabiter avec cette contradiction.

Être thérapeute, par définition, c’est aimer l’autre. Comment aider ce que l’on n’aime pas ?

Seulement voilà, plus le temps passe, plus je me confronte à la peine, la douleur, la souffrance subie par mes congénères, plus je deviens misanthrope. D’où le conflit intérieur naissant : misanthrope versus thérapeute.

Entends-moi bien, cher lecteur de mes trop rares articles, j’aime mon travail et mon investissement auprès des personnes que j’accompagne est total. Mais, il y a un « mais ».

Par curiosité, j’ai calculé le nombre d’années qui ont passé depuis que j’ai commencé à officier dans le domaine de la relation d’aide. Je dois avouer que le nombre 27 m’a fait mal aux yeux. Je ne regrette pas une seule seconde du temps consacré à mon métier. Tout ne fut pas formidable et certaines expériences furent carrément désagréables. Mais elles font partie du voyage.

Non, avec le temps naît un conflit intérieur. Il s’infiltre lentement, sournoisement. Comme tout conflit, il met en opposition deux parties qui cohabitaient jusque-là en relative harmonie.

Les deux camps

D’un côté, le thérapeute — celui qui croit en l’humain, qui fait confiance au processus, qui accompagne sans juger. De l’autre, le misanthrope — celui qui a vu trop de fois les mêmes schémas se répéter, les mêmes douleurs s’auto-entretenir, les mêmes résistances bloquer ce qui pourrait guérir.

Le misanthrope n’est pas méchant. Il est fatigué. Il a accumulé, au fil des années, une somme de peines humaines qui finit par peser. Pas les siennes — celles des autres. C’est ça, le paradoxe du thérapeute : on absorbe ce que les gens déposent, et on espère que le corps fait son travail de digestion. Parfois oui. Parfois non.

Ce que j’ai compris

Ce que j’ai compris avec le temps, c’est que la misanthropie n’est pas l’opposé de l’amour de l’autre. C’est souvent sa forme épuisée. On ne devient pas misanthrope parce qu’on n’aime pas les gens — on le devient parce qu’on les a aimés trop, trop longtemps, sans toujours prendre soin de se recharger.

La misanthropie n’est pas l’opposé de l’amour de l’autre. C’est souvent sa forme épuisée.

La réponse n’est pas de choisir un camp. Ni de devenir un thérapeute qui ne ressent plus rien — ce serait perdre l’essentiel. Ni de rester un misanthrope qui juge depuis son canapé — ce serait gâcher 27 ans d’expérience.

La réponse, je crois, c’est d’accepter que les deux coexistent. Que l’un nourrit l’autre, parfois. Que le misanthrope me protège quand je n’aurais plus la force d’avoir des limites. Que le thérapeute me rappelle pourquoi je me lève le matin.

Et puis, honnêtement — après 27 ans — je fais encore ce métier. C’est peut-être ça, la vraie réponse.

Une note pour les thérapeutes qui se reconnaissent

Si vous lisez ces lignes et que quelque chose résonne — si vous reconnaissez ce glissement progressif, cette fatigue qui ressemble parfois à du cynisme — sachez que vous n’êtes pas seul·e. Et que ce ressenti n’est pas une trahison de votre vocation. C’est un signal. Celui que vous avez besoin, vous aussi, d’être accompagné·e.

L’hapto-énergie est l’outil que j’utilise pour me ressourcer — autant que pour accompagner les autres. Le corps sait où ça coince. Il suffit de lui donner l’espace pour le dire.

Prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres.

Une séance d’hapto-énergie peut être un espace pour déposer ce que vous portez — en présentiel à Gaillan-en-Médoc ou Saint-Cyr-sur-Loire, ou à distance depuis chez vous.

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