Comment continuer à vivre quand tout inquiète à la fois
Ces derniers temps, il m’est arrivé plusieurs fois de m’arrêter au milieu d’une journée et de me dire :
« Tiens… pourquoi je me sens un peu (beaucoup) tendu, là ? »
Rien de spectaculaire. Juste une sensation intérieure, particulièrement lourde. Comme une inquiétude diffuse et terriblement présente.
En y regardant de plus près, j’ai fini par comprendre. Plusieurs peurs étaient là… en même temps.
La peur n’arrive presque jamais seule. Elle arrive par cercles. Un peu comme quand on jette des pierres dans un lac.
Cette question de la peur et de l’incertitude traverse souvent les accompagnements que je propose au sein de Bien Dans Nos Vies. Notamment dans la formation hapto-énergie, où l’on apprend à revenir au corps pour retrouver un centre quand l’esprit s’emballe.
Imaginez un lac calme et tranquille. Une pierre tombe… les cercles apparaissent. Puis une autre. Puis une autre encore. Et au bout d’un moment, les cercles se croisent. La surface de l’eau devient agitée.
Dans la vie, c’est souvent pareil.
Trois cercles
Centre : agir · Deuxième cercle : présence · Troisième cercle : le monde
Je vois aujourd’hui mes trois cercles de peur.
Premier cercle : la peur intime
Je travaille sur un projet qui me tient à cœur. Et parfois une petite voix passe par là :
« Et si ça ne marchait pas ? »
Classique. Quand on crée quelque chose, on s’expose un peu. Et l’ego n’aime pas beaucoup ça.
Comme le faisait remarquer Montaigne :
« Qui craint de souffrir, souffre déjà de ce qu’il craint. »
Notre imagination peut fabriquer des catastrophes bien avant que la réalité n’arrive.
Deuxième cercle : la peur du proche
On a découvert un grave problème de santé chez un membre de ma famille. Là, la peur change complètement de nature. Ce n’est plus une question de réussite ou d’échec. C’est simplement l’inquiétude pour quelqu’un que l’on aime.
Et dans ces moments-là, on découvre quelque chose d’assez simple : on ne contrôle pas grand-chose. Alors on fait ce qu’on peut. On est là.
Troisième cercle : la peur du monde
Les tensions internationales. Les guerres. Les crises. Cette drôle d’impression que depuis quelques années le monde est devenu « débile ».
Quand on regarde les informations, on pourrait presque croire que tout va s’effondrer demain matin. Alors on vérifie par la fenêtre. Le ciel est toujours là. Les arbres aussi. Et toujours pas de raton-laveur.
Petit clin d’œil à Jacques Prévert.
Heureusement, notre réalité quotidienne (hors catastrophes bien réelles) est souvent plus calme que le récit que l’on nous en fait. Mais l’inquiétude, elle, circule.
Face à cela, on découvre aussi notre petite taille dans l’histoire humaine.
« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. »
Le vrai problème
Le problème n’est pas la peur. La peur fait partie de la vie.
Le problème, c’est quand les cercles se mélangent. Un projet qui nous expose. La santé d’un proche. Un monde incertain. Si l’on met tout dans le même sac, ça devient vite très lourd. Beaucoup trop lourd pour un seul être humain.
Une vieille idée qui aide beaucoup
Il existe une idée très ancienne qui aide beaucoup dans ces moments-là. Le philosophe stoïcien Épictète disait quelque chose de très simple :
Certaines choses dépendent de nous.
D’autres non.
C’est tout. Simple à dire. Moins simple à vivre. Mais quand on commence à faire cette distinction, beaucoup de choses se détendent. Pour aller plus loin : la dichotomie du contrôle.
Remettre chaque peur à sa place
Dans le cercle intime, je peux agir. Travailler. Créer. Essayer.
Dans le cercle du proche, je peux être présent. Écouter. Soutenir. Aimer.
Dans le cercle du monde… je peux surtout accepter que tout ne dépend pas de moi. Et c’est déjà beaucoup.
La peur commence dans le corps
Il y a aussi quelque chose que l’on oublie souvent. La peur n’est pas seulement dans la tête. Elle commence dans le corps. Le cœur accélère. La respiration change. Les épaules se crispent. Le corps se prépare à un danger.
Ce mécanisme a été décrit par le physiologiste Walter Cannon comme la réaction de lutte ou de fuite. C’est un système très ancien. Le problème, c’est que notre époque fabrique beaucoup de dangers imaginaires. Alors le système nerveux reste en alerte presque en permanence. Et on finit fatigué… sans trop savoir pourquoi.
Dans ces moments-là, il peut être utile de faire une petite distinction. Le danger est ce qui peut réellement nous blesser. Le risque est la probabilité que cela arrive. Et la menace est la façon dont notre esprit imagine ou anticipe ce danger. De la même façon, la peur apparaît face à un danger immédiat, l’anxiété quand nous anticipons un risque, et l’angoisse quand la menace devient diffuse et difficile à nommer.
C’est aussi souvent le signal de revenir dans le corps :
- Respirer plus lentement
- Relâcher les épaules
- Sentir ses pieds au sol
Cette dimension corporelle est au cœur de l’approche proposée dans la formation hapto-énergie — et dans les séances individuelles.
Une sagesse encore plus ancienne
Dans la pensée de Laozi, le monde est vu comme un mouvement permanent. Rien ne reste immobile. Les saisons changent. Les situations changent. Les époques changent. Tout change tout le temps.
Pour découvrir cette pensée : le Tao Te King.
Et une grande partie de nos souffrances vient du fait que nous voudrions que certaines choses restent fixes. Mais la vie ne fonctionne pas comme ça.
Habiter le centre
Les pierres continueront de tomber dans le lac. Certaines viendront de nos projets. D’autres de ceux que nous aimons. D’autres encore du vaste mouvement du monde.
La sagesse n’est peut-être pas d’empêcher les cercles d’apparaître. La sagesse consiste simplement à apprendre où habiter. Au centre. Là où nous pouvons agir. Là où nous pouvons aimer. Et laisser au monde ce qui appartient au monde.
« Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. »
Peut-être que cet été invincible, c’est simplement cela : continuer à vivre, continuer à créer, continuer à aimer, au milieu des cercles.
Et si l’on regarde bien autour de nous… le ciel est toujours là, les arbres aussi, et toujours pas de raton-laveur.
Et vous ?
Dans quel cercle se trouve votre peur aujourd’hui ?
Et dans lequel pouvez-vous encore poser un pas ?
Quand les cercles deviennent trop lourds à porter seul.
Une séance d’hapto-énergie peut être un espace pour déposer ce que vous portez — et retrouver un appui intérieur, en présentiel ou à distance.
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