Trente ans cette année que je pose les mains. Ce n’était pas un projet. L’hapto-énergie est devenue un métier, une méthode, une vie. Récit d’une vocation qui ne disait pas son nom — et de ce qu’elle m’a appris sur l’art d’accompagner.
Il y a des vocations qui s’annoncent. Celle-ci s’est imposée.
Je n’avais rien demandé. Je vivais à La Hague, sémaphoriste devenu fréteur sur les quais de Cherbourg, marin à terre regardant passer les ferries. Et puis, sans raison apparente, le creux de mes mains s’est mis à chauffer. À brûler, plus exactement. De longs moments sous l’eau froide étaient le seul moyen d’apaiser ce feu venu de nulle part. Pas de marque sur la peau, pas de symptôme à montrer à un médecin. Juste une chaleur qui montait.
Je l’ai d’abord posée sur des plantes vertes. Pour voir. Mes paumes ont cessé de brûler, les plantes n’ont pas paru en souffrir. Plus tard, quand ma compagne s’est brûlé le genou, la plaie a séché vite — alors que rien jusque-là n’y avait fait. Sont venus ensuite les amis, les collègues, les voisins, avec leurs petits maux. Beaucoup ont disparu. Et l’idée saugrenue a fini par s’installer : peut-être étais-je utile à quelque chose. C’est de cette intuition-là, sur la côte de la Hague, que naîtra plus tard la méthode hapto-énergie.
Une filiation médicale et énergétique
Ma mère était médecin de campagne. Elle avait le sentiment, depuis longtemps, que la médecine allopathique ne disait pas tout. Elle s’est formée à l’acupuncture, à l’auriculothérapie. C’est en qualité de cobaye, dans mon enfance, que j’ai été sensibilisé aux soins énergétiques.
Je n’imaginais pas un instant pouvoir les pratiquer. Je ne le souhaitais même pas. Fils et petit-fils de médecin, je ne voulais surtout pas de cet héritage-là.
Mais le savoir était dans le corps, sans que j’en aie conscience. Quand mes paumes se sont mises à chauffer, j’avais déjà, quelque part, une grille de lecture pour ne pas paniquer. Pour penser : c’est peut-être de cette nature.
Du magnétisme à l’hapto-énergie : le long détour
Magnétiseur, le mot ne passait pas. Au village, le nom de ceux qui soulagent se transmet sous le manteau, et je ne voulais pas que mes enfants soient les enfants du sorcier du coin.
J’ai loué un premier local loin de chez moi sous l’étiquette « bio-énergéticien ». Une dame m’a appelé un jour, persuadée d’avoir composé le numéro d’une boutique de produits bio. Trop de charges, pas assez de séances. J’ai rendu les clés.
Mais quelque chose était devenu clair : il fallait un cadre pour que ce que je faisais puisse être reçu. Après beaucoup de recherches, la sophrologie s’est imposée — non pour la notoriété seule, mais pour son rapport à l’autre. Sans induction, sans projection. C’est en lisant Carl Rogers, L’approche centrée sur la personne, que ma perception instinctive du soin a rencontré, pour la première fois, un écho de validation. Deux ans de formation à Paris, tous les lundis. Le diplôme. Et l’idée, alors, qu’un jour j’aurais un vrai cabinet de ville.
La méthode hapto-énergie trouve son nom
Il a fallu encore du temps — des années, des échecs financiers, un saut hors de la compagnie maritime après vingt ans de quais, l’ouverture d’un cabinet qui a mis des mois à trouver son public — pour que ce que je pratiquais trouve enfin son nom propre.
Ce n’était ni du magnétisme, ni de la bio-énergie, ni tout à fait de la sophrologie. C’était autre chose : une qualité de présence, un toucher attentif, une écoute fine de ce qui demande à se déposer dans une personne quand elle s’allonge enfin.
J’ai fini par l’appeler hapto-énergie. Le mot dit ce que c’est : le contact (hapto), l’énergie qui circule, et — ce que le mot ne dit pas mais qui en fait le cœur — l’absence de protocole. On ne fait rien à la personne. On l’accompagne pendant qu’elle se réorganise.
Ce que trente ans de pratique m’ont appris
J’écris ces lignes depuis le Médoc, où nous avons posé nos bagages avec celle qui, dans le manuscrit que j’ai consacré à cette traversée, occupe la place de Pénélope. Des centaines de personnes accompagnées en hapto-énergie. Et toujours la même chose, séance après séance : ce moment où le mental se pose, où les tensions lâchent, où quelque chose en l’autre se met à respirer autrement.
S’il y a une leçon que ce long détour m’a apprise, je l’ai écrite dans L’Odyssée d’un Funambule : nous ne sommes victimes de rien. Dans tout ce qui nous arrive, nous sommes partie prenante — sinon des événements eux-mêmes, du moins de la manière d’y faire face.
C’est cela que l’hapto-énergie permet, je crois : retrouver la barre. Redevenir capitaine de son propre navire.
Aussi étroit soit le chemin.
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Philippe LOZE — fondateur de la méthode hapto-énergie, sophrologue.
Auteur de L’Odyssée d’un Funambule.
Cabinets à Gaillan-en-Médoc et Saint-Cyr-sur-Loire — séances aussi à distance.
